Jean Rouch > Jean Rouch, photographe

La nasse

André Fieschi

Voici le gura la grande nasse de Tondikouria piège à poissons piège à imageet là le reflet du soleil à Jebba (le Niger était de plus en plus lent, de plus en plus large) cette flaque de mercure à l’avant des pirogues comme le crachat d’un dieu inconnu signe comme la mallette de la prostituée de Kumasi Good Time ! L’or du temps ? au moment même où Côte d’Or se dit Ghana Ici justement il y a Lam, et Jane et Da dans la mine d’or d’Obuasi Peul et sorko casqués sous terre loin du soleil jaguar mais Jane a reconnu Tarzan dans la lueur d’acétylène Voici encore ta mirifique enseigne, coiffeur de Niger !et puis les possédés d’Accrale général Marseille le commandant Mougou se flagelle on sacrifie le poulet le mouton sur l’autel de béton armé le chien bout le béton saigne les hauka ruissellent de sueur de bave et de sang les maîtres-fous sont bien contents Kwame Nkrumah sourit à Jane dans la voiture de fonction qui s’en va vers un destin qu’il ne sait pas (les fous sont maîtres à ce jeu-là) et là l’ami Tallou l’ami des jeunes filles l’ennemi des jeunes gens ne sourit pas c’est aux belles qu’en a le Bellah tandis que là-haut à Sanga Rosfelder rafraîchit proprement la coiffure de Griaule dans la rumeur du barrage qu’on ne voit pas Plus loin tout près – une autre fois peut-être le docte Ambara bonnet vert lunettes noires préside à son futur dama sa barbe est blanche comme la Yasigine blanche la cousine Germaine au sigui d’Amani dans les clameurs qu’on n’entend pas Je n’ai rien dit du roi Béhanzin II sous son ombrelle fabuleuse où volent immobiles des silures cravatés de mauve ni quel voile de tristesse soudain sur le visage du souverain las « Orgueil d’une poussière de roi »… Mais Moussa Hamidou tend sa perche au Hogon qu’on enterre là-bas au fond du champ et moi j’entends le musicien jouant son air qui s’en allait terriblement gana albarka wo goine merci merci à lui parti tendi horey tendi
Salut de brousse et de merveilles
Salut de temps perdu
Salut de temps gagné
Salut de temps fixé
Chambre noire ! Lumières fraîches ! deniers du rêve de tes clichés

 


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