PALMARÈS SÉLECTION OFFICIELLE 2026
Le mot du jury international :
Le local n’est pas une simple émanation du global : il constitue le point nodal où se cristallisent, s’affrontent et se négocient les tensions géopolitiques, socio-économiques et écologiques qui
traversent le monde contemporain. De même, l’enfance ne saurait être réduite à un simple âge de la vie : elle est ce moment fondateur où s’élaborent les premières structures du rapport au monde,
à la communauté, et à l’histoire collective. C’est là où se trace la frontière entre le dicible et l’indicible, entre les espaces du pouvoir et les marges – ces zones de faille, de résistance et d’invention à partir desquelles peuvent se reconfigurer les cartes du sensible et de l’intelligible. Le cinéma, dès lors, ne se limite ni à une fonction de témoignage ni à un geste de dénonciation. Il devient un lieu de mise à l’épreuve de ses propres puissances esthétiques, politiques et historiographiques, dans un monde qui exige sans cesse de prendre position.
Quand l’acte du retour devient méandreux, il trébuche sur des mondes et des formes d’attention qui appellent celles et ceux qui écoutent. Il trébuche sur des manières de se relier autrement. Il
trébuche sur ce que les revenants avaient pensé/imaginé, et sur ce qu’ils avaient laissé devenir à la place, tels qu’ils le faisaient. Comment y retournons-nous ? Où retournons-nous ? Comment
nous domptons-nous, ou nous désenchainons-nous ? Et finalement, quel retour le cinéma rend possible aujourd’hui ?
Le cinéma est profondément politique en ce qu’il incarne ce mouvement de retour – retour aux lieux, aux mémoires, aux silences et aux fractures – faisant de celui-ci une pratique à la fois
rétroactive et réflexive de recalibrage de notre présence au monde, de nos perceptions et de nos manières d’entrer en relation. En ouvrant des voies vers d’autres possibles, il transforme notre
manière d’habiter le monde et d’y prendre part. À travers les expériences du temps et de l’espace qu’il déploie, il fait émerger d’autres formes de présence au monde, d’autres régimes de mémoire
et d’autres imaginaires collectifs, capables de déplacer notre regard sur l’histoire, sur les autres et sur nous-mêmes.
GRAND PRIX NANOOK-JEAN ROUCH | NANOOK-JEAN ROUCH Grand Prize, doté par le CNRS, Centre national de la recherche scientifique | 3 000 €
- Un monde sans les mots | France | 2025 | 69 min | vostf | Francescu Artily (France)
Laudatum du jury :
Un monde composé d’une table, de trois chaises, d’un jardin, d’une montagne, d’une maison, de deux chats, d’un chien, de fourmis, d’abeilles, d’un feu, d’une rivière, de faisceaux de
lumière, d’un toit décrépi, d’une lune, d’un radiateur. Un père se tient debout derrière celui-ci. Il réchauffe ses mains froides, la tête enchâssée dans les contours d’une représentation picturale
du paysage corse, absorbé par une image du territoire devenue à la fois surface de projection et enfermement symbolique. Au cœur de ce monde, le fils revient.
Il filme son retour, la rencontre, un paysage dans le paysage, le paysage du non-dit, qui naît au centre de chaque moment, d’abord lourd et pesant, puis qui s’étire, s’échappe, se transforme et
s’adoucit, tandis que nous spectateurs.trices, sommes témoins de leurs regrets silencieux.
Pour l’apparent minimalisme de la démarche cinématographique, qui ne constitue que la surface d’un travail d’une grande minutie sur le point de vue, le cadrage, le rythme, le son et la composition
de l’image, où chaque élément est pensé dans l’économie du geste cinématographique afin de faire surgir toute la densité émotionnelle d’un retour à la maison difficile.
Pour la maîtrise des silences et du poids des mots, pour cette retenue traversée par la tension sourde d’une explosion toujours différée, où chaque regard, chaque suspension, chaque fragment
de phrase porte la charge d’un conflit latent.
Pour avoir pris le temps de revenir et de se souvenir ; de laisser le silence ramper, de planter (ou semer) les mots dans un monde longtemps construit sans eux, le Grand Prix Nanook est attribué à
Un monde sans les mots de Francescu Artily.
PRIX DU PATRIMOINE VIVANT | LIVING HERITAGE Prize, doté par le Département de la recherche, de la valorisation et du patrimoine culturel immatériel, Direction générale des patrimoines et de l’architecture, ministère de la Culture | 1 500 €
- Hair, Paper, Water… | Belgique, France | 2025 | 71 min | vostf | Trương Minh Quý (Vietnam), Nicolas Graux (Belgique)
Laudatum du jury :
Pour sa proposition cinématographique faite de bribes de lumière et de présences fugaces, qui composent une expérience sensorielle du monde.
Pour l’intelligence sensible avec laquelle la caméra, la pellicule argentique, la conception sonore sont utilisées comme des matières vivantes, organiques, en osmose avec la nature même des
biotopes présentés.
Pour l’attention portée à une forme d’apprentissage du monde par les mots, où le réel devient intelligible à travers ses qualités sensorielles, ses rythmes et ses résonances. Un langage qui ne
cherche pas tant à nommer le monde qu’à en partager l’essence, les présences qui l’habitent et les liens sensibles qui nous y attachent.
Pour la manière dont le film insiste sur l’importance des savoirs situés – notamment ceux liés aux plantes médicinales et aux pratiques de soin – à travers lesquels se déploient des formes
d’attention, de connaissance et de sa transmission. Pour son approche écoféministe attentive aux liens entre territoires, corps, héritages et gestes, et qui fait d’un certain cinéma, un espace
fragile, une zone à défendre, de réinscription des mémoires minorées autant qu’une manière de réinventer, par le dispositif du cinéma et avec le cinéma, la relation au vivant.
Le Prix du Patrimoine Vivant est décerné à un film où la terre en elle-même apparaît comme une composante vitale du Patrimoine-Matrimoine culturel immatériel, et où l’argentique – dans
sa pratique et ses savoir-faire – est envisagé comme un héritage vivant dont la préservation et la transmission mériteraient pleinement cette même reconnaissance – Hair, Paper, Water… de Nicolas Graux et Minh Quy Truong.
PRIX DU PREMIER FILM | FIRST FILM Prize, doté par le Département de la recherche, de la valorisation et du patrimoine culturel immatériel, Direction générale des patrimoines et de l’architecture, ministère de la Culture | 1 500 €
- De plomb et de charbon | France | 2025 | 88 min | vostf | Thomas Uzan (France)
Laudatum du jury :
Un cinéaste accepte une invitation à descendre dans des mines, où il se confronte aux ruines : des ruines d’hommes, de vies vécues, de rêves brisés, du projet colonial français lui-même ainsi que
des politiques de restructuration postcoloniales qui ont suivi. Au milieu de ces vestiges, il avance dans l’obscurité aux côtés des protagonistes du film, qui le guident à travers les galeries
souterraines, mais aussi à travers leur passé et leur futur. Dans ces souterrains à l’est du Maroc, il découvre des imaginaires collectifs façonnés dans l’après-coup de la colonisation, de la faillite des tentatives d’industrialisation et des narratifs qui vont avec. À mesure que nous pénétrons dans les archives d’une époque coloniale autrefois destinée à être filmée comme une utopie, le cinéaste dérive ailleurs, dans une sorte de chasse au trésor induite par les protagonistes, un espace où dystopie et utopie se rencontrent et se confondent, et où chacun des protagonistes peut dériver.
Tout s’efface. Tous avancent à la fois sans direction et avec intention, comme à la fois perdus et guidés, entre espoir et désespoir, dans le « et si… ».
Pour avoir fait de la dimension du souterrain et du clair-obscur, un espace à la fois géologique, politique et mémoriel, où se déposent les strates visibles et invisibles de l’histoire coloniale et
postcoloniale du Maroc, ainsi que les schémas de survie de l’humain au contact des structures de domination, nous attribuons le prix du Premier Film à De plomb et de charbon de Thomas Uzan.
MENTION SPÉCIALE DU JURY INTERNATIONAL
- Sédiments | Allemagne, Suisse | 2025 | 81 min | vostf | Laura Coppens (Allemagne, Suisse)
Laudatum du jury :
Une cinéaste retourne vers un espace-temps suspendu, vers une mémoire fragmentée, assombrie par le temps, contrainte à l’effacement, enfermée dans un passé trop douloureux pour être
remémorée. Mais cette mémoire n’est pas seulement réduite au silence politiquement ; elle s’efface aussi peu à peu à travers la vieillesse, disparaissant lentement d’elle-même.
Au cœur de ce double effacement, elle revient pour rendre tangible ce qui était destiné à disparaître. À mesure qu’elle ressuscite des mots et des témoignages, les récits commencent à se
superposer, réécrivant le narratif de sa famille, autant que sa propre histoire, et tout ce dont elle était censée hériter.
Dans cette fragmentation, qui devient elle-même l’espace du film, la sonnerie récurrente d’une horloge nous rappelle à la fois le passage du temps et ses absences, tout ce que la mémoire n’est
plus capable de contenir, ainsi que le courage et l’urgence qu’exige malgré tout l’acte de se souvenir.
En tant que spectateurs.trices, nous nous laissons dériver à travers ces récits entremêlés, avant de réaliser peu à peu la complexité du geste de la cinéaste : la rencontre qu’elle construit entre le
témoignage de son grand-père et les documents d’archives le concernant. À travers le cinéma, l’archive elle-même est révélée, déstabilisée, amenée à répondre. Ces matériaux commencent à
dialoguer entre eux, transformant l’archive d’un document historique figé en un dialogue vivant.
Pour son exploration de la construction comme de la déformation de la mémoire sous le poids des régimes autoritaires et des mécanismes de réduction au silence. Pour sa résonance dans un
contexte où les démocraties se fragilisent et où les récits historiques sont sans cesse instrumentalisés. Pour avoir cherché non seulement « la vérité », « ce qui s’est passé », mais
aussi une forme de « responsabilité » au regard des réalités d’aujourd’hui, une Mention spéciale est attribuée à Sédiments de Laura Coppens.
PRIX GAÏA | GAÏA Prize, doté par l’IRD, Institut de recherche pour le développement | 1 500 €
- Nous vivons ici | Kazakhstan | 2025 | 80 min | vostf | Zhanana Kurmasheva (Kazakhstan)
Laudatum du jury :
Pour son engagement,
Pour le défi de rendre visible l’invisible,
Et de rendre perceptibles les liens organiques entre toutes les formes du vivant et un territoire dévasté,
Pour l’attention respectueuse portée aux survivants, et la proximité pudique avec trois générations d’une famille en lutte contre l’oubli, la maladie et le déni des autorités,
Pour la détermination à arpenter, habiter, cultiver et continuer de faire vivre une terre contaminée,
Pour sa puissance dramaturgique, qui ne perd jamais de vue l’intime,
Pour l’éthique et la sensibilité de la narration et du montage face au désastre,
Pour l’espoir de justice et de réparation porté par le film,
Et parce que nous pensons que le cinéma a un rôle à jouer face aux silences institutionnels entourant les contaminations humaines et la tragédie des essais nucléaires, au Kazakhstan comme ailleurs,
Nous avons décidé de décerner le prix GAÏA de la section Cap sur l’environnement au film Nous vivons ici, réalisé par Zhanana Kurmasheva.
MENTION SPÉCIALE DU JURY GAÎA
- Les Héritiers | Canada | 2025 | 79 min | vostf | Serge-Olivier Rondeau (Canada)
Laudatum du jury :
Pour la manière dont le film déplace notre regard vers des existences familières mais rarement objet de nos attentions,
Pour le dispositif qui construit une expérience de regard singulière qui laisse affleurer le point de vue animal,
Pour avoir su montrer l’intrusive brutalité des activités humaines et de leurs déchets,
Pour la manière dont le film rend sensible la présence humaine dans le monde animal comme une intrusion brutale et violente,
Pour la façon dont il révèle le cycle absurde dans lequel les animaux se trouvent pris,
Pour la gravité et la sensibilité néanmoins teintées d’humour avec lesquelles est observée la coexistence entre humains et non humains,
Pour l’affirmation subtile d’un cinéma au plus près du réel, capable de faire surgir, dans la patience de l’observation, une dramaturgie à la fois cocasse et cruelle,
Et parce que nous pensons que le point de vue décentré du film oblige notre responsabilité face aux conséquences de notre manière d’habiter un monde qui n’est pas uniquement le nôtre,
Nous avons choisi d’attribuer une mention spéciale au film Les Héritiers réalisé par Serge-Olivier Rondeau.
PRIX DES LABORATOIRES DE RECHERCHE | RESEARCH TEAMS PRIZE, doté par les Laboratoires de recherches en sciences humaines et sociales partenaires du Festival | 1 500 €
- Divia | Ukraine, Pologne, Pays-Bas | 2025 | 78 min | vostf | Dmytro Hreshko (Ukraine)
Laudatum du jury :
Nous avons souhaité saluer l’originalité et la radicalité de la démarche de ce film d’une heure vingt sans paroles et presque sans hommes, et symptomatiquement filmé par un drone, par ailleurs instrument de guerre.
Le film transcende le contexte politique ukrainien pour dénoncer l’inconscience de l’humain dans son rapport au vivant et donner à cette critique une dimension philosophique et universelle.
Le cinéaste parvient à filmer la terre comme un corps vivant massacré auquel on s’identifie. Quelques hommes masqués tentent de réparer cette chair meurtrie par des opérations chirurgicales, dérisoires à l’échelle du désastre. L’image des efforts produits pour extirper un obus immense des profondeurs de la terre est inoubliable. Sont également bouleversantes les images d’animaux hagards et la fragilité des liens entre humains et non-humains dont la scène de l’homme nourrissant le chat est une évocation à la fois poétique et poignante.
Le travail expérimental de l’image et du son construit à partir de la réalité de la guerre, une allégorie apocalyptique. Il donne accès à une expérience sensible qui rend palpables les blessures infligées à la terre par les instruments de destruction humains. Le traitement filmique singulier de la matière produit une indistinction saisissante entre les différents registres du vivant et du non-vivant.
Le cinéaste qui porte un regard inédit sur la guerre, perçue du point de vue de la nature, décrite de façon organique et charnelle, nous permet de penser et de voir autrement les conflits du monde contemporain.
MENTION SPÉCIALE DU JURY DES LABORATOIRES DE RECHERCHE
- Very Small Dreams | Palestine, France | 2025 | 20 min | vostf | I’timad Washah (Palestine)
Laudatum du jury :
Nous avons souhaité récompenser la force de ce témoignage rare et précieux réalisé dans un camp de réfugiés à Gaza. La réalisatrice nous permet d’entendre la parole des femmes et d’accéder à des aspects tabous et invisibilisés de leur quotidien.
La force du parti-pris est de montrer frontalement et crûment leur combat pour gérer leur hygiène intime dans le dénuement et la promiscuité. La réalisatrice filme avec humanité et finesse cette lutte douloureuse au plus près des corps, des gestes et des objets.
L’empathie et la tendresse de la cinéaste rendent possibles ces témoignages en les préservant de toute impudeur et nous préservant de tout voyeurisme. La poésie et l’humour sont là aussi pour lutter contre l’assignation du réel.
Le film montre les répercussions de la violence des conditions de vie en contexte de guerre sur les relations humaines qui endommagent jusqu’au lien mère-enfant. L’empêchement de l’hygiène la plus élémentaire altère les conditions de l’attachement et du soin.
Ce film offre un écrin au courage de ces femmes pour parler en toute confiance de ce qui porte atteinte à leur intégrité de mère et à leur dignité. Ce faisant il convoque des préoccupations humaines partagées par toutes les femmes.
PRIX MONDES EN REGARDS | MONDES EN REGARDS Prize, doté par l’INALCO, Institut national des langues et civilisations orientales | 1 000 €
- Hair, Paper, Water… | Belgique, France | 2025 | 71 min | vostf | Trương Minh Quý (Vietnam), Nicolas Graux (Belgique)
Laudatum du jury :
Pour la 45e édition du Festival du film ethnographique Jean Rouch, le Jury INALCO souhaite accorder le Prix Mondes en Regards au film Hair, Paper, Water… réalisé par Trương Minh Quý et Nicolas Graux.
Ce film nous a profondément touchés par sa délicatesse visuelle et émotionnelle. Le choix de la caméra analogique donne aux images une texture poétique qui accompagne le récit. À travers le paysage, le film explore avec une sensibilité la relation fragile entre l’être humain et la nature, mais aussi les liens familiaux et la transmission intergénérationnelle par la langue. Cette œuvre d’une grande poésie et d’une intimité particulière, présente le parcours de Madame Hau et du monde qui l’entoure, montrant sa relation avec son petit-fils et son lien avec la nature. Sa connaissance des plantes et son attachement pour les traditions nous invitent à regarder autrement ce qui relie les êtres vivants tout en faisant une mosaïque du paysage vietnamien.
Hair, Paper, Water… conte non seulement l’histoire d’une femme et d’une communauté, mais aussi, en filigrane, celle d’une langue – la langue Rục, entièrement orale, aujourd’hui en voie de disparition. Représentant l’Institut des Langues et Civilisations Orientales, nous nous devons de saluer la sensibilité avec laquelle la question de la langue est abordée dans ce film. L’archivage de la langue Rục pourra, par la suite, aider de chercheurs et chercheuses travaillant sur les langues en danger.
MENTION SPÉCIALE DU JURY INALCO
- Le Renard et la lune | Iran, France | 2025 | 76 min | vostf | Mehrdad Oskouei (Iran), Soraya Akhalaghi (Afghanistan)
Laudatum du jury :
Nous souhaitons également accorder une mention spéciale au film Le Renard et la lune co-réalisé par Soraya Akhalaghi (Afghanistan) et Mehrdad Oskouei (Iran).
En mêlant images filmées au téléphone, dessins, animations, le film présente le parcours de Soraya, jeune femme afghane confrontée à la violence, à l’exil et à l’attente. Au cœur de cette réalité difficile émerge une force de création exceptionnelle. À travers son art, Soraya transforme ses peurs, ses blessures et ses espoirs en un langage profondément marquant. Nous souhaitions également mettre en avant l’esthétique contemporaine de ce documentaire que nous avons particulièrement apprécié. Ainsi, nous voulons par cette mention spéciale encourager d’autres réalisateurs et réalisatrices à suivre cette démarche à l’avenir.
PRIX MIGRATIONS | MIGRATIONS PRIZE, doté par la Contemporaine, bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains et l’association des amis de la Contemporaine | 1 000 €
- Le Renard et la lune | Iran, France | 2025 | 76 min | vostf | Mehrdad Oskouei (Iran), Soraya Akhalaghi (Afghanistan)
Laudatum du jury :
Le jury Migrations décerne son prix au Renard et la lune, film de Mehrdad Oskouei, co-réalisé avec Soraya Akhalaghi, d’origine afghane et vivant à Téhéran. Le film propose un portrait à la fois puissant et poétique du quotidien d’une jeune artiste pratiquant la peinture, le dessin, la sculpture, la musique et qui tente de se libérer de la société dans laquelle elle vit et de son mari violent. D’une part, de superbes séquences d’animation, qui reproduisent le style de ses dessins, témoignent de son imaginaire, de son ressenti et de ses émotions. D’autre part, les scènes filmées au téléphone documentent son quotidien, ses tentatives répétées de traversées des frontières vers l’Europe via la Turquie, ainsi que l’actualité géopolitique internationale, notamment la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan, dont elle rend compte également par des sculptures. Le dispositif et le montage proposés par le film, éclairent de manière à la fois délicate et percutante, composite et cohérente, l’avenir incertain des migrants.
MENTION SPÉCIALE DU JURY MIGRATIONS
- Khmerica | Cambodge | 2025 | 41 min | vostf | Thibaut Amri (France), Antoine Guide (France), Lucas Sénécaut (France)
Laudatum du jury :
Le jury migration souhaite attribuer une mention au film Khmerica. Celui-ci traite du cas particulier de Cambodgiens fils de migrants ayant fui les Khmers rouges vers les Etats-Unis puis déportés des Etats-Unis vers le Cambodge à leur sortie de prison. Le film met en avant une réalité migratoire méconnue et insiste sur la difficulté à faire société au Cambodge pour d’anciens membres de gangs étatsuniens hyperviolents. Les réalisateurs proposent un portrait à la fois sensible et brutal, drôle et tragique, du quotidien de ce groupe, donnant une dimension humaine à ces anciens tueurs amenés à recréer leur communauté au Cambodge. Ce film témoigne de la complexité des parcours migratoires avec un rapport contrarié aux cultures nord-américaine et cambodgienne.
PRIX DES ÉTUDIANT·E·S | STUDENTS PRIZE, doté par la maison étudiante de la Ville de Paris | 500 €
- Et les poissons volent au-dessus de nos têtes | Liban | 2025 | 70 min | vostf | Dima Adib El-Horr (Liban)
Laudatum du jury :
Nous avons choisi de remettre le prix du jury du Jury étudiant au film Et les poissons volent au dessus de nos têtes, de Dima Adib El-Horr.
C’est un film libanais dans lequel la cinéaste filme trois hommes qui, comme elle le dit, “sont de ceux que la mer sauve”. Ils marchent chaque jour plusieurs kilomètres pour venir se baigner dans la Méditerrannée, sur la corniche de Beyrouth. La cinéaste a rencontré Réda il y a vingt ans, et le retrouve dans ce nouveau film.
C’est un documentaire qui montre comment la ville, la mer et leurs histoires sont imprimés dans des corps. Nous avons aimé cet exercice difficile de filmer au bord de l’eau des corps abimés, peut-être pas souvent regardés, le tout pudiquement. Nous avons été touché par l’univers poétique du film, notamment la narration très personnelle de la cinéaste, qui fait le lien entre ces trois monographies – tout en restant ancrée au bord de l’eau, sans suivre les trois hommes chez eux (un parti-pris qui nous a plu).
On a aussi aimé le fait que le film montre une trajectoire de cinéaste, d’un premier film il y a vingt ans à un deuxième aujourd’hui. La mer, forme de “miroir” d’après la cinéaste, est aussi celui de son travail, dans la durée.
C’est enfin un film actuel, qui rappelle que la guerre est omniprésente dans l’histoire de la ville, des corps, et des lieux – une chose qui se retrouve aussi dans le travail formel de la cinéaste sur les images et les sons. C’est aussi cela qui nous a marqué, une proposition formelle singulière.
MENTION SPÉCIALE DU JURY ÉTUDIANT·E·S
- Jusqu’où porte le regard | Brésil | 2025 | 78 min | vostf | Alice Villela (Brésil), Hidalgo Romero (Brésil)
Laudatum du jury :
Le film brésilien Jusqu’où porte le regard, de Alice Villela et Hidalgo Romero, raconte la lutte du peuple autochtone Kariri-Xoco pour faire homologuer les limites de son territoire, confisqué par la colonisation. Cette mention spéciale reflète l’émotion sensible qu’on a toutes et tous ressenti, avec la salle, quand tout le monde a applaudi à la fin du film.
On a aimé le fait que le film propose un partage de la mise en scène à différents moments, et que les cinéastes respectent la volonté des Kariri-Coco de ne pas filmer leurs rituels, qui sont malgré tout souvent suggérés, expliqués, chantés dans le film. C’est un film généreux, traversé par les chants de cette famille, qui guide notre manière de les regarder.
Filmer comme un moyen de préserver, sans capturer : c’est un enjeu qu’on a retrouvé dans beaucoup de films de la compétition.
PRIX DU PUBLIC | PUBLIC CHOICE PRIZE | 1 000 €
- Un monde sans les mots | France | 2025 | 69 min | vostf | Francescu Artily (France)
COMMISSION IMAGES EN BIBLIOTHÈQUES
Films retenus par la Commission nationale d’Images en Bibliothèques pour l’un des catalogues suivants : Les Yeux Doc., Images de la culture, ADAV
- À ma fille | Congo, France | 2025 | 25 min | vostf | Patricia Bolonkali (République démocratique du Congo)
- Bulakna | Portugal, France | 2025 | 93 min | vostf | Leonor Noivo (Portugal)
- Divia | Ukraine, Pologne, Pays-Bas | 2025 | 78 min | vostf | Dmytro Hreshko (Ukraine)
- Et les poissons volent au-dessus de nos têtes | Liban | 2025 | 70 min | vostf | Dima Adib El-Horr (Liban)
- I, Poppy | Inde | 2025 | 82 min | vostf | Vivek Chaudhary (Inde)
- Les Héritiers | Canada | 2025 | 79 min | vostf | Serge-Olivier Rondeau (Canada)
- Le Renard et la lune | Iran, France | 2025 | 76 min | vostf | Mehrdad Oskouei (Iran), Soraya Akhalaghi (Afghanistan)
- Sédiments | Allemagne, Suisse | 2025 | 81 min | vostf | Laura Coppens (Allemagne, Suisse)
- She | Italie | 2025 | 75 min | vostf | Parsifal Reparato (Italie)